Nous avons quitté Nouméa vers 8 heures et demie pour un périple de trois jours sur le caillou. Par la route territoriale n°1 en direction du Nord, nous avons dépassé La Tontouta et traversé Tomo (Tôômô), Boulouparis (Berepwari) et La Foa (Foha). Nous avons fait un premier détour pour visiter le Fort de Téremba.
La construction d’un fort militaire et d’un pénitencier le long de la baie d'Uarai débute en 1871, à la demande du gouverneur Gaultier de la Richerie qui envoie sur place un contingent de vingt-cinq condamnés, encadrés de deux surveillants et de trois gendarmes. Le camp prend le nom de fort Teremba, par référence à l’îlot Teremba qui se trouve au milieu de la baie d’Uarai. Un véritable petit village se crée autour du camp, on y trouve un bureau d’état civil, une bibliothèque, une église, une école, un bureau de poste, un télégraphe. Il faut y ajouter d’une part les locaux nécessaires à la vie pénitentiaire : cellules, cuisines, loges des surveillants et les constructions liées aux besoins militaires : poudrerie, tour de guet, mur d’enceinte. En 1872, le gouverneur autorise l’implantation de colons libres ; c’est ainsi que les premiers Alsaciens-Lorrains s’installent à Moindou en 1873.
Après la révolte de 1878, le fort militaire est réaménagé et renforcé pour servir de blockhaus et de refuge éventuel. Afin de contrecarrer la puissance de l’administration coloniale, le gouverneur pallu de la Barrière décide par la suite d’employer les bagnards à la construction de routes et d’infrastructures. En 1885, la garnison militaire quitte finalement le site de Teremba. En 1898, le gouverneur Feillet fait arrêter l’envoi de condamnés. La direction de Teremba est transférée sur Fo Gâcheur , puis l’ensemble est abandonné en 1908.
Après avoir longtemps été laissé à l’abandon, le fort Teremba a finalement été réhabilité. Nous avons parcouru le bâtiment principal qui abrite une exposition permanente passionnante sur l'histoire du fort et du bagne. Nous avons vu aussi les cellules de prisonniers, la tour de guet, le mur d’enceinte, la poudrerie et une guillotine.
Après avoir rejoint la route principale, nous avons jeté un coup d'œil sur le site de la Roche percée, dont le nom n'est plus justifié depuis que l'arche s'est effondrée sous l'action des vagues.
Après un bref arrêt devant la mosquée située en amont de Bourail, nous avons vu le cimetière néo-zélandais, comme épilogue de notre voyage en Nouvelle-Zélande. Lors des opérations contre les Japonais dans le Pacifique Sud, les forces néo-zélandaises ont enregistré de nombreuses pertes. En janvier 1943, est créé à Nessadiou, un quartier de Bourail, un cimetière pour ces soldats, sur un terrain généreusement offert par Charles Goussard. 242 soldats y sont enterrés et 449 noms sont inscrits sur un monument érigé en mémoire de ceux tombés au combat. La mémoire des disparus est célébrée lors de l’ANZAC Day, chaque année, le 25 avril.
Nous avons déjeuné, un peu plus loin à l'hôtel de La Poé par une chaleur pesante (plus de 30°c). Après le repas, nous avons retrouvé vers 14 heures, à la fois la route principale et... la pluie en atteignant Bourail. La "frontière" entre les régions Nord et Sud passe juste avant Poya, première commune à privilégier le nom kanak par rapport au nom européen. Après Pouembout, (Pwêbuu), nous avons atteint Koohné (Koné), à 270 km de Nouméa, chef-lieu de la région Nord.
Fondée en 1870 par l’amiral de vaisseau Olry, la commune de 9 000 habitants doit son nom au pic Koné, ancien lieu de sépulture kanak situé à l’est du village au cœur de la tribu de Baco. La commune se développe grâce à la construction de l’usine Koniambo inaugurée en 2013. Le massif du Koniambo exploité de façon intermittente depuis les premières extractions de minerai à la fin des années 1880, à une teneur en nickel exceptionnelle. La route franchit un tapis roulant qui achemine le minerai de la montagne vers l'usine située en bord de mer.
Vook (Voh), située plus au Nord, à 295 km de Nouméa, a été rendue célèbre par Yann Arthus-Bertrand, qui a photographié un cœur dans la mangrove dans son ouvrage "La Terre vue du ciel". La commune est adossée au massif du Koniambo. Mais Voh a aussi été un haut lieu de la production de café au début du XXème siècle. 500 hectares y étaient consacrés pour récolter quelque 300 tonnes par an ! L'éco-musée était malheureusement fermé, mais nous avons pu nous en faire une idée en parcourant le jardin où sont entreposées des machines à moudre et torréfier et où un tableau résume le cycle de production.
Bwapanu (Kaala-Gomen) vit de l’agriculture et de la mine. Ouaco, rattaché administrativement à Kaala Gomen, a été très célèbre en son temps car c’est le site calédonien le plus proche de l’Australie : le premier vol est parti de là en 1931. C’était là aussi qu’était implantée la conserverie de Corned Beef, à l’époque du colonel Dix.
Tout au long du parcours la route emprunte la "plaine" côtière, qui ondule légèrement au pied de la chaîne de montagnes aux arêtes bien marquées mais uniformément couverte d'un même maquis. Ça et là, elles portent les cicatrices rougeâtres de l'exploitation du nickel.
Nous avons atteint Koumac, à 370 km de Nouméa, ultime étape avant Poum et le grand nord calédonien. Commune agricole et minière avec la mine de la Tiébaghi, Koumac s’est aussi orientée vers la pêche industrielle et abrite le régiment du service militaire adapté.
Les stands de bouteilles d'alcool et de bière (mais pas celui des panachés !) sont occultés les jours où la vente de ces boissons est interdite, notamment vendredi et samedi pour éviter les excès éthyliques...
Au matin du deuxième jour, nous avons traversé le massif montagneux via Ouegoa et enfin le col d'Amos.
J'ai retrouvé avec plaisir le relief tourmenté couvert de forêts de niaoulis. "Le niaouli est un arbre de taille moyenne (de 4 à 12 m), mais pouvant atteindre 25 m. Il a souvent une silhouette tortueuse, rarement droite. Le tronc est couvert d'une écorce blanchâtre, épaisse de plus d'un centimètre, spongieuse mais laminée en nombreuses couches qui se détachent en larges bandes. Les jeunes rameaux sont densément soyeux et les jeunes feuilles sont blanchâtres, velues et brillantes". "L'espèce a été plantée dans de nombreuses régions tropicales pour l'exploitation de son bois, de ses fleurs pour la production de miel ou de ses feuilles pour la production d'huile essentielle. Le niaouli est aussi utilisé comme plante d'ornement dans de nombreuses contrées tropicales, mais est parfois devenu une espèce exotique envahissante."
Alors que la route Sud-Nord sur la côte Ouest passe à l'intérieur des terres, celle sur la côte Est ne peut, faute de plaine côtière, que longer la mer, avec au loin le liseré blanc d la barrière de corail et de chaque côté de la route, une végétation plus variée et plus colorée, comprenant des cocotiers et des manguiers sauvages. La population y est aussi plus dense.
Nous nous sommes arrêtés pour voir la belle petite église de Balade. C'est non loin de là que débarqua la mission d'Amata le 24 décembre 1843 pour évangéliser l'île de Nouvelle-Calédonie. Guillaume Douarre entouré du père Rougeyron et des frères Blaise Marmoiton, Gilbert Roudaire, Jean Taragnat célébrera sa première messe le 25 décembre 1843 en tant qu'évêque d'Amata sur la plage de Mahamate sous un banian qui existe encore actuellement. Blaise Marmoiton y a connu une fin tragique le 19 juillet 1847 et l'église de Balade retrace à travers ses vitraux la vie de cette mission catholique.
Un peu plus loin, le petit cimetière de Pweevo (Puebo) est un bon exemple des lieux de sépultures ruraux. L'habitude est prise ici de déposer des fleurs artificielles qui donnent un air presque festif aux cimetières. Parfois, un vêtement est accroché à la croix, t-shirt ou foulard...
En chemin, nous avons vu deux cascades, celles de Colnet et de Tao, malheureusement inaccessible en raison des pluies abondantes d'hier.
Colnet
Notre itinéraire nous a permis d'emprunter vers 14 heures 30, le dernier bac (gratuit) en service sur le territoire, le bac de Ouaïème, qui assure le franchissement de la large embouchure de ce fleuve côtier de 34 km qui prend sa source dans le mont Panié.
Nous avons parvenus à Hyehen (Hienghene), à 380 km de Nouméa. Fondée en 1887, elle regroupe aujourd’hui moins de 3 000 habitants. "Formations rocheuses exceptionnelles (rochers noirs de Lindéralique, la Poule couveuse, le Sphinx), végétation tropicale, rivières, montagnes, plages et îlots forment l’un des ensembles les plus originaux du territoire".
La ville a été longtemps marquée par une histoire mouvementée. Les missionnaires s’installent en 1846 sur le terrain actuellement dévolu à la gendarmerie et cédé à l’époque par le grand chef Bwarhat à l’évêque. En 1854, Tardy de Montravel, premier gouverneur de Nouvelle-Calédonie, impose la souveraineté française. En 1857, le grand chef Bwarhat, figure de proue de la contestation, est exilé à Tahiti. Son retour en 1863 n’apaise pas les esprits. La colonisation foncière, à laquelle sont soumis les Kanaks, empoisonne les relations entre communautés pendant plus d’un siècle. Les colons, désireux de contourner le problème, font alors appel à une main-d’œuvre javanaise destinée à exploiter à moindre coût les ressources locales (plantations de caféiers). La révolte kanak de 1917, dont l’épicentre situé à Hienghène se répandra à tout le territoire, prolonge les rébellions du XIXème siècle. La fin de la Seconde Guerre mondiale marque le début d’une nouvelle ère pour les Kanaks. En 1946, l’abrogation du Code de l’indigénat, la reconnaissance des droits civiques et la scolarisation obligatoire contribuent à l’émancipation progressive des Mélanésiens galvanisés par le processus de décolonisation à l’œuvre dans le monde. Jean-Marie Tjibaou, ancien séminariste, incarne une nouvelle génération d’hommes politiques déterminés à faire entendre la voix kanak. La radicalisation de la situation en 1984, débouche sur le départ massif des Européens et des Indonésiens. Dans le même temps, dix hommes de la tribu de Tiendanite (dont deux frères de Jean-Marie Tjibaou) sont assassinés au cours d’une embuscade. Jean-Marie Tjibaou, lui-même, est assassiné à Ouvéa en 1989, alors qu'il est maire de Hienghène.
Nous avons évidemment admiré de tous les points de vue possibles le Sphinx et la Poule couveuse et les rochers de calcaire noir de Linderalique.
Le troisième jour etait celui du retour à Nouméa. Après Touho et avant Poindimié, nous avons pris la route transversale qui mène de Tiwaka à Koné au milieu d'un paysage montagneux. Les vallées sont souvent bordées de bouquets de bambous.
Les flamboyants et les palmiers cèdent peu à peu de nouveau la place aux niaoulis. Les fougères arborescentes semblent atteintes d'une étrange maladie et en voie de disparition. Nous avons franchi le col de Bopope, à 300 km de Noumea, avant de redescendre vers la côte Ouest. La végétation est moins variée dans la dernière partie du parcours avant Koné
Au-delà du noyau urbain de Bourail, non loin de la mosquée vue à l'aller, nous nous sommes arrêtés un bon moment au cimetière des Arabes et des Kabyles que nous avions manqué samedi dernier. La porte du cimetière est frappée d’un croissant rouge. Sont enterrés là nombre de déportés et transportés maghrébins et leurs descendants. Le premier déporté algérien est arrivé en 1864. Indépendamment des droits communs, il y eut aussi pas mal de condamnés politiques à la suite notamment du soulèvement en Kabylie qui a eu lieu au début des années 1870. Les derniers prisonniers sont arrivés en 1921.
Après leur libération, la plupart des déportés et transportés sont restés sur le territoire et ont fait souche en s’installant dans la vallée de Nessadiou ou en ouvrant de petits commerces à Nouméa.
C’est à proximité de l’endroit où le marabout de la communauté se noya dans la rivière Nessadiou, que le cimetière a été construit. Les tombes sont naturellement tournées vers La Mecque. Un professeur d’arabe a dispensé des cours à l’école coranique (qui n’est autre que le bâtiment à l’entrée du cimetière) jusqu’en 1922. Les fêtes des descendants arabes et kabyles de la région (évalués au 10 à 15 000 personnes) y sont désormais organisées.
Nous avons retrouvé Nouméa vers 17 heures au terme d'un périple de quelque 950 kilomètres en trois jours qui m'a permis de revoir, même rapidement, nombre de sites qui m'avaient marqué au cours de ma mission en Nouvelle-Calédonie en 1985. J'ai constaté que la voirie a été bien améliorée, que les centres commerciaux se sont développés et que les bâtiments publiques ont fleuri. La Province Nord s'est doté d'un siège qui n'a rien à envier à celui de la Province Sud et nombre de mairies sont neuves. Les élus n'ont pas lésiné...




























Encore de bons souvenirs! Je suis allé a la chasse aux cerfs dans ces collines, et a la pêche aux crabes dans la mangrove!
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