Dimanche 7 février 2016 (Waikite Valley / Ngaroto Lake)

L'épisode pluvieux de ces dernières quarante-huit heures, comme on dit à Météo France, est fort heureusement terminé. Nous avons émergé de bon matin, car le programme de la journée était dense. 

Nous avons commencé par un bain matinal (7 heures) dans les piscines d'eau chaude du camp. C'était d'autant plus divin que nous étions pratiquement seuls à bénéficier de ces instants de relaxation dans un cadre de verdure aussi privilégié. Avant de partir, nous avons suivi l'eco-trail, un sentier qui mène à la principale source qui alimente le camp, la source Te Manaroa. L'eau sort à 98°c et passe sur un terrasse de refroidissement pour que la température des piscines soit supportable pour les baigneurs. C'est bien sûr un petit chemin noyé dans la verdure avec de belles concrétions sulfureuses dans le lit du ru.




Nous avons pris la route de Wai-O-Tapu au sud de Rotoruaà 8 heures et demie. La zone thermale couvre 18 km2 et on n'en visite qu'une petite partie. Les premières secousses telluriques secouèrent la région, il y a 150 000 ans, mais les premiers signes d'activités hydrothermales apparurent plus récemment, il y a 15 000 ans. La zone doit son nom à la rivière Wai-O-Tapu, qui la traverse et qui est un affluent de la rivière Waikato. Un panneau la situe au cœur des quatre aires hydrothermales de l'ensemble volcanique dit de Taupo, lui-même positionné sur l'arc Andesite.

Avant d'arriver sur le site lui-même, on peut voir un lac de boue d'environ 45 mètres de diamètre en activité. Des bulles de gaz viennent crever à la surface avec le bruit caractéristique d'une marmite en ébullition.



 
Sur le site lui-même, un circuit de trois kilomètres environ est aménagé qui permet de découvrir d'abord une série de cratères qui font en général plus de 20 mètres de diamètre et 12 de profondeur. Plusieurs contiennent des sources bouillonnantes et la plupart ont de grands dépôts de soufre qui se forment lorsque les vapeurs s'échappent. Les cratères visibles aujourd'hui ne se sont formés qu'au cours des 900 dernières années par l'action de l'eau acide parvenant à la surface. Leurs noms sont évocateurs : la maison du diable, le cratère arc-en-ciel, le cratère du tonnerre, les encriers du diable, la palette de l'artiste... On longe aussi différents lacs et bassins. Les couleurs de leurs eaux semblent tirer de la palette d'un artiste amateur de couleurs vives : la piscine à huîtres (turquoise), le lac Ngakoro (vert), le lac de Whangi-o-Terangi (bleu ciel), la piscine de Champagne (vert tirant sur le jaune)...



Chaque couleur qui teinte les roches, les sols et l'eau est due aux différents composants chimiques que l'on trouve dans la nature. Ainsi, le jaune et le jaune pâle sont-ils dû au soufre, l'orange à l'antimoine, le blanc à la silice, le vert à l'arsenic, le rouge-brun à l'oxyde de fer, le noir au carbone et au soufre, le violet au manganèse.





Nous avons passé plus de deux heures sur ce site noyé dans un ensemble végétal toujours aussi riche et varié. Olivier a été plus particulièrement fasciné par une petite plante, le turutu, qui produit de petite baies parfaitement rondes, couleur de l'encre violette que nous utilisions jadis à l'école. Le mariage entre les formations géothermiques et cette végétation, et quelques curiosités inédites, comme la poêle à frire et les vastes terrasses (en silice, les plus vastes de Nouvelle-Zélande) font que ce site n'est absolument pas redondant avec celui que nous avons vu à Yellowstone aux Etats-Unis. Les deux visites sont très complémentaires. Nous avons fait l'impasse en revanche sur le geyser déclenché à heure fixe, une fois par jour, pour échapper à la foule qui ne vient voir le parc que pour voir ce phénomène et passe à côté de bien des merveilles.




L'étape suivante nous a ramenés à Hamurana pour une visite rapide d'un parc aux essences arboricoles et florales variées, traversé par une petite rivière à l'eau d'une limpidité étonnante. Le parc abrite une superbe futaie de redwoods (séquoias maritimes), plantés en 1919, qui commencent à atteindre dire la taille de leurs grands frères californiens.





Plus de 150 kilomètres nous séparaient de l'étape suivante, Waitomo Caves. Nous avons vu défiler plusieurs localités sans pouvoir s'y arrêter : Tirau, Cambridge, Kihikihi, Otorohanga.

Nous avons atteint Waitomo Caves à 14 heures 30. Waitomo signifie en maori, "l'endroit où l'eau disparaît dans le sol". Tout un programme ! Il y a, paraît-il, un millier de cavités souterraines dans ce secteur, mais seules douze sont exploitées commercialement. Elles appartiennent en général à des propriétaires privés, des agriculteurs, qui les concèdent à des opérateurs. Par chance, nous nous sommes retrouvés seuls avec un guide dans le créneau horaire que nous avions retenu pour en visiter une. L'équipée a commencé à 15 heures par un déplacement en minibus en pleine campagne jusqu'à un lieu-dit baptisé Tumu Tumu. Est venue la phase d'équipement dans un local aménagé sur place : tenue de plongeur sous-marin, bottes en caoutchouc, casque avec lampe frontale. Nous nous sommes ensuite rendus à pied dans cet accoutrement jusqu'à l'entrée de la grotte perdue au cœur d'un vallon boisé.



Au début, ce fut de la pure spéléologie : nous avons progressé dans un chaos de roches, en regardant où nous mettions les pieds et en assurant chaque pas pour ne pas glisser, ni se tordre la cheville. Nous nous sommes souvent pliés en deux, voire avons avancé à quatre pattes dans l'eau pour franchir une partie basse. Nous avons joué les anguilles pour nous glisser dans des boyaux étroits. Nous avons admiré toutes sortes de stalactites et de stalagmites dans les  espaces traversés. Nous avons barboté allègrement dans les cours d'eau souterrains, avec parfois de l'eau jusqu'à la ceinture.





Puis est venu le moment où notre guide nous a invités à éteindre nos lampes frontales et ce fut alors un émerveillement. Je ne croyais pas que cela puisse exister. Nous nous serions crus sous une voûte étoilée. Des milliers de lucioles bleues ressemblaient à des étoiles dans le ciel. C'étaient des arachnocampas luminosas ou vers luisants (glowworms) accrochés à la voûte. Ce sont des larves qui, pour s'alimenter, produisent une lumière qui attirent des proies. Celles-ci se font piéger par un des filaments gluants qui pendent de la larve. Le cycle de transformation de l'état larvaire à celui d'insecte dure environ neuf mois. 

C'était un spectacle inouï, une féerie. Ces milliers de vers luisants diffusaient une telle "lumière" que, nos yeux s'habituant à l'obscurité, nous pouvions nous voir relativement distinctement. Nous sommes restés là un bon moment, "scotchés", à admirer ce phénomène de la nature,  inédit pour nous.

la photo n'est qu'un pâle reflet de la réalité...
Nous avons ensuite repris notre progression jusqu'à un cours d'eau souterrain où nous attendaient des chambres à air. Chacun s'est assis dans l'une d'elles, nous avons formé une mini-chenille et nous sommes laissés glisser lentement pour découvrir que là aussi tout le tunnel était tapissé de vers luisants. Encore plus beau ! J'essayais de m'en "mettre plein les yeux", persuadé que plus jamais très vraisemblablement il ne me serait donné de revivre pareille expérience.

La dernière partie de notre séjour sous terre a été l'occasion de faire un peu de natation (une première pour moi sous terre !), de franchir de nouveaux obstacles rocheux, de voir d'autres phénomènes géologiques, de croiser, à plusieurs dizaines de mètres de profondeur, une belle grenouille solitaire, des araignées et surtout des sauterelles ! On n'imagine pas un instant en parcourant la campagne verdoyante et vallonnée, couverte de pâturages et de forêts de hêtres et de fougères arborescentes, qu'il y a, au-dessous, un dédale de grottes d'une telle complexité, des cavités aussi mystérieuses, des phénomènes aussi étranges que la vie de millions de larves qui se transforment en insectes voués à une vie d'autant plus éphémère qu'ils perdent leur pouvoir de produire de la lumière et donc de se nourrir (3 à 5 jours).


c'est sous ces collines que nous avons barboté...
Notre guide qui avait du sang maori dans les veines, nous a confié qu'avant l'arrivée des Européens, les communautés se querellaient souvent et que l'une d'entre elles était particulièrement belliqueuse. Embarquée sur des bateaux, elle multipliait les razzias contre les communautés côtières, tuant la plupart des hommes, faisant prisonnier les plus valeureux pour les... manger, et emmenant à bord de leurs bateaux les femmes pour les violer, avant de les jeter par dessus bord ! Charmant...

Nous avons pris congé de notre sympathique guide peu après 19 heures, et remis le cap en direction du Nord pendant une cinquantaine de kilomètres. Nous sommes arrivés peu après 20 heures, au déclin du jour, au bord de lac Ngaroto, entre Te Awamutu et Hamilton. Nous avons trouvé un emplacement calme et agréable pour faire du "freedom camping".

Garés face au lac, nous avons commencé la soirée au grand air, avant de la poursuivre à l'abri du vent. Installés dans l'habitacle, nous avons l'impression d'être à la proue d'un bateau.

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