Lundi 1er février 2016 (Te Mahia / Porirua)

10° c au réveil, mais un beau soleil, idéal pour une croisière si courte soit-elle ! Sans faire plus de tourisme, nous avons rejoint la petite ville de Picton (4 330 habitants), à une quarantaine de kilomètres (de lacets serrés) de Te Mahia. La ville doit son nom à Sir Thomas Picton, un officier gallois qui servait sous les ordres du duc de Wellington et fut tué à la bataille de Waterloo. Deuxième ville de la région de Marlborough derrière Blenheim, c'est un hub pour les relations entre les deux principales îles de la Nouvelle-Zélande par voie maritime. Nous avons embarqué dans le créneau prévu (entre 10 heures et 10 heures 30) à bord du ferry Kaiarahi de la compagnie Interislander, qui a largué les amarres à 11 heures et quart.



Nous avons eu tout loisir ainsi pour admirer le paysage qui défilait de part et d'autre du bateau, lorsque nous naviguions dans le Queen Charlotte Sound, puis dans le Tory Channel : des collines bien vertes, couvertes tantôt d'un maquis dense, tantôt de forêts de conifères destinées à l'exploitation du bois, des îlots ici ou là. Toute la région semble impénétrable et pratiquement vide de toute présence humaine. Ici ou là, on aperçoit une habitation au bord de l'eau, uniquement accessible par bateau et réservée sans doute à des résidents fortunés, amateurs de calme, de nature et de solitude.

le trajet du ferry dans la "dentelle" des Malbourough Sounds



le débouché des Malbourough Sounds vers le détroit de Cook

Nous avons ainsi dit "au revoir" (et sans doute "adieu") à l'Île du Sud par un temps réellement estival, et vu disparaître ses côtes, au moment où le ferry a abordé le détroit de Cook de 25 km de large, qui sépare les deux grandes îles de la Nouvelle-Zélande et relie la mer de Tasman et l'Océan Pacifique.

Peu à peu les côtes vallonnées et dénudées de l'Île du Nord se sont rapprochées. Bien protégée au fond d'une vaste anse, la capitale, Wellington, nous est apparue. À part le quartier des affaires et ses immeubles modernes, la ville est surtout pavillonnaire et a fait tache d'huile sur les collines environnantes. Elle compte 200 000 habitants et son agglomération, dans son acception la plus large, 471 000.

A peine débarqués à 14 heures 45, nous avons gagné l'atelier de Jucy près de l'aéroport, pour procéder à la réparation du rétroviseur et de la vitre cassés. La question a été réglée en une heure, de sorte que nous avons pu visiter le Musée national de Nouvelle-Zélande Te Papa Tongarewa pendant une heure et demie, avant qu'il ne ferme à 18 heures. Il a ouvert ses portes en 1998. L'entrée est libre. Nous n'avons fait que survoler les collections permanentes, d'autant que nous avons commencé pour voir une exposition très didactique et interactive, organisée dans le cadre du centenaire de la Première Guerre mondiale et plus particulièrement de la guerre des Dardanelles en 1915, et intitulée Gallipoli, The scale of our war. Elle est remarquable et je regrette que rien de semblable n'ait été réalisé en France.

En toile de fond, un coup de projecteur est mis sur six acteurs : un officier subalterne (le LTN Spencer Westmacott), un officier supérieur (le LTC Percival Fenwick), un sous-officier (le SGT X.), une infirmière (sœur Lottie Le Gallais) et deux hommes du rang (les soldats Rikihana Carkeek et Jack Dunn) représentés par des personnages en cire de grande taille (à l'échelle 2,5, ce qui crée une méotion toute particulière). Nous n'avons pu consacrer à cette exposition temporaire autant de temps qu'elle l'aurait mérité, mais tant Olivier que moi avons été impressionnés par un montage de photos stéréoscopiques montrant l'horreur des batailles qui ont été livrées dans les Dardanelles de février à octobre 1915 (on a relevé jusqu'à 500 corps par acre, soit moins d'un demi ha), et par une présentation très clinique des effets d'une balle de fusil, de shrapnells, d'éclats d'obus et d'éclats de grenade sur le corps humain ! Un tableau rappelant le bilan des pertes par nationalités et le rapportant aux effectifs engagés donne la mesure de la saignée qu'a constituée pour l'armée de la Nouvelle-Zélande l'expédition des Dardanelles (Nouvelle-Zélande : 93% ; Australie : 56% ; Inde : 46% ; France ; 34% ; Royaume-Uni : 22% ; Terre Neuve : 13% ; Turquie : 46%)




[La bataille des Dardanelles a débuté en février 1915 avec la tentative d'une flottille franco-britannique de forcer le détroit pour s'emparer d'Istanbul, alors capitale de l'Empire ottoman allié de l'Allemagne. Repoussés, les Alliés ont alors débarqué à Gallipoli, mais ont été contraints à une humiliante retraite après neuf mois de combats de tranchées acharnés qui ont fait 400 000 morts ou blessés dans les deux camps]. 

Le musée comprend, à titre permanent, une présentation de l'environnement naturel du pays, de l'impact de l'Homme sur le pays et un volet sociologique sur les Maoris, les gens du Pacifique et les autres communautés. Nous avons, entre autres, admiré un Wharenui datant de 1842, une maison où se tenaient les conseils de la communauté maori. Elle ne paie pas de mine de l'extérieur, elle a l'aspect d'une vaste construction aux parois et au toit en chaume, mais les boiseries intérieures sont sculptées de façon très fine.



On peut aussi voir un waka, un de ces bateaux à voile par lequel les Maoris ont rejoint les côtes néo-zélandaises au départ du Pacifique Est. Nous n'avons pas encore de réponse à la question sur les circonstances qui ont présidé à cette migration. La tradition orale entretient un mythe, celui d'un explorateur qui aurait transmis sa découverte à des membres de sa communauté. On parle aussi d'étude des courants marins et de la prise en compte du vol des oiseaux migrateurs... Le musée évoque aussi la tradition d'asile de la Nouvelle-Zélande. Les premiers mentionnés sont des Danois fuyant la persécution culturelle allemande en 1870 jusqu'à des Bouthanais fuyant les tensions ethniques en 2008, en passant par d'autres peuples victimes, à un moment ou à un autre, de persécutions,  de conflits tribaux ou de guerres civiles (Juifs, Éthiopiens, Kurdes, Soudanais, Rwandais, Érythréens, Afghans, Djiboutiens, Congolais, Kosovars, Birmans, Palestiniens, Colombiens etc.).

Au sortir du musée, nous avons pris le temps de fureter dans le centre ville. On est immédiatement surpris par le pari urbanistique audacieux qui a été adopté. Services publics (notamment l'hôtel de ville), culture, sports et commerces sont étroitement imbriqués. La bibliothèque cohabite avec un espace consacrés aux jeux de ballons. Un plongeoir et une douche sont installés près du musée. Des équipes de rameurs s'entraînent dans la zone portuaire. Queens Wharf est un lieu de détente pour les employés de bureau des alentours avec ses boutiques, ses restaurants et ses bars. Courtenay Place est le pôle de la vie nocturne avec ses cafés à la mode, ses bars, ses restaurants, ses boîtes de nuit, ses cinémas et ses théâtres. Si nous avions eu le temps, il aurait fallu que nous nous attardions sur Civic Square, un vaste espace bordé par le Michael Fowler Center et Town Hall, les deux principales salles de concert de la capitale, et la City Gallery qui met en lumière la création contemporaine néo-zélandaise dans des domaines très variés (architecture, peinture, sculpture, dessin industriel, arts graphiques, photographie, cinéma, vidéo). Certaines réalisations du front de mer sont insolites, comme la passerelle en ciment qui se veut une imitation du bois. L'éclectisme est aussi roi dans l'ensemble de sculptures disséminées dans le centre ville qui regorge aussi de beaux restes de l'époque "art déco".









Après une pause au Starbucks Cafe, nous avons quitté Wellington presqu'à regret, certains d'être passés à côté de bien des choses intéressantes à voir ou à faire. La ville nous a donné une impression première très favorable. Le temps ensoleillé a sa part dans cette impression, mais pas seulement. C'est une capitale à dimension humaine, jeune, où les gens n'ont pas l'air renfrogné ou stressé. Mais ce qui frappe le plus un Français, c'est que c'est une ville vraiment aux antipodes de nos préoccupations actuelles, une ville insouciante ! Pas de psychose d'attentats, pas d'arrivée massive de migrants, pas de communautarisme religieux ! L'Etat islamique et ses émules semblent à des années-lumière...

Vu l'heure, nous avons cherché un coin tranquille dans ce que nous pouvons appeler la grande banlieue de Wellington et l'avons trouvé à une quarantaine de kilomètres au nord de la capitale sur le territoire de la commune de Porirua (54 000 hab.), dans un quartier excentré, appelé Mana où est autorisé le "camping sauvage". Nous avons jeté notre dévolu sur un emplacement au bord de l'eau, peu avant 20 heures, alors que les berges étaient encore livrées à quelques pêcheurs tardifs.


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