Jeudi 4 février 2016 (Tongariro National Park / Wharewaka)

Le réveil a sonné dès 5 heures et quart. Le menu du jour prévoyait la traversée du massif volcanique, dite Tongariro Alpine Crossing, une promenade de santé de 19,4 km, partant d'un premier parking situé à l'Ouest du massif et aboutissant à un second situé (loin !) au Nord. Il s'agit d'une randonnée mythique, classée parmi les plus belles au monde et qu'Olivier considérait (à juste titre) comme un élement central de notre programme. Cela faisait plusieurs jours que nous croisions les doigts pour quel la météo nous soit favorable...

Une navette nous a pris à 6 heures 10 au camp pour nous conduire au point de départ (Mangatepopo Carpark), à 1 130 mètres d'altitude. Nous avons admiré au passage les pentes enneigées du mont Ruapehu (2 797 mètres), avant qu'elles ne disparaissent derrière le mont Ngauruhoe (2 287 mètres), un autre des volcans les plus emblématiques du massif. Nous sommes élancés à l'assaut du massif, à 6 heures 35, alors que le jour était levé, mais que les premiers rayons du soleil n'éclairaient pas encore les sommets alentours.

6h35, nous voilà partis pour 8h de marche...
Les quatre premiers kilomètres plein Est sur une belle piste passent au nord d'un premier volcan, le Pukekaikiore (1 692 m). Ils constituent les amuse-gueule du repas, une mise en bouche. Le sentier traverse une lande où prévalent tussaks, mousses, lichens et bruyères, qui parviennent à coloniser ce sol si ingrat..
 




Peu après le quatrième kilomètre, à hauteur des Soda Springs (une cascade intéressante pour quelqu'un qui en est sevré, mais comme ce n'était pas notre cas, nous nous sommes dispensés du détour !), le marcheur est mis au pied du mur par un panneau "stop" qui lui demande si le temps est beau, s'il est bien équipé et bien chaussé, s'il se sent en bonne condition physique. S'il répond "non" à une des questions, il est invité aimablement, mais fermement à renoncer à aller plus loin ! Nous avons répondu "oui" à toutes les questions, même si, dans mon cas, l'état du genou gauche n'était pas encore optimal !


Nous pouvions passer aux différents plats inscrits au menu, mais là encore chacun doit se mériter... Une première ascension par une voie toujours très bien aménagée, mais par définition déjà bien pentue, bien nommée Devil's Staircase, mène à un col Mangatepopo Saddle d'où partent les plus téméraires pour faire l'ascension le mont Ngauruhoe. La pente est tellement raide que certains montent par moments à quatre pattes. Nous n'avons pas vu comment se faisait la descente. Par moment, quelques relents de soufre chatouillaient nos narines, tandis que nous admirions le paysage lunaire qui s'offrait à nous entre le mont Ngauruhoe au Sud et le mont Tongariro (1 961 mètres) au Nord et devant nous, un premier immense cratère, le South Crater (1 659 mètres) que nous avons traversé de part en part, une sorte de trou normand pour nous permettre de souffler entre deux plats, une partie très plate dans notre parcours, avant une nouvelle montée très raide, couronnée par un spectacle dantesque, à condition d'être patient...




une "bombe" laissée par la dernière éruption...






le nuage va remplir la cuvette en un rien de temps



Nous avons attendu presque une heure que les passages nuageux se dissipent pour en jouir pleinement : d'abord le Cratère rouge (Red Crater), un cratère à 1 886 mètres, dont la paroi ferrugineuse contraste avec l'environnement montagneux, et en contrebas trois petits lacs dits Emerald Lakes. Deux sont d'un vert irréel et le dernier, d'une belle couleur turquoise. C'est fantastique, au cœur de cet ensemble dans de monts rudes et rocailleux. Les randonneurs très nombreux (le site est parcouru en moyenne par 80 000 visiteurs chaque année !) ressemblent à une colonne de fourmis quand on les voit descendre à la queue leu leu du col et traverser le cratère.




Vient la partie la plus sportive, sans aucun aménagement ! Une descente où les accidents sont, paraît-il, nombreux... On croirait marcher sur des billes... Il faut assurer chaque pas... Et on a vu un jeune inconscient en tongues et un autre en sandales ! Récompensés par un spectacle inoubliable tous azimuts, nous avons passé un bon moment au bord des lacs avant d'entreprendre la traversée d'un second cratère plat à souhait, le Central Crater, qui porte la trace d'une coulée de lave bien apparente issue du Red Crater.




les bords du lac



Chemin faisant, on parvient alors à un vaste lac, le Blue Lake, bien nommé, qui étale son eau bien bleue à 1 725 mètres d'altitude. Reste le dessert... Une ultime ascension plein Nord entre le North Crater (1 786 m) à l'Ouest et le mont Rotopaunga à l'Est (1 856 mètres).




Le digestif est constitué par une descente via un ancien gîte désaffecté depuis qu'il a été endommagé par une éruption volcanique, Ketetahi Hut, jusqu'au deuxième parking (Ketetahi Carpark) à 760 mètres d'altitude. Le sentier en soi n'est pas difficile. C'est un enchaînement d'escaliers et de caillebotis. Il traverse un maquis aux essences variées et approche une zone de fumerolles importantes, les Ketetahi Hot Springs, dont l'accès est interdit car le danger réel. C'est la zone jugée en ce moment potentiellement la plus dangereuse du massif et des signaux lumineux sont sensés avertir les promeneurs d'un danger imminent. La dernière éruption dans le massif ne date que de 2012 !

Les derniers huit kilomètres nous ont semblé interminables et ont mis les articulations et les jarrets à rude épreuve. C'est avec un grand soulagement que nous avons atteint à 14 heures 15 le second parking où la navette nous a repris un quart d'heure plus tard pour nous reconduire au campement pour 15 heures. Sept heures quarante de randonnée est une durée considérée comme très honnête, surtout si on défalque le temps mis à attendre que les nuages se dissipent et celui mis à prendre des photos...

La douche nous a ressuscités, de sorte que nous avons pu reprendre la route, trois quarts d'heure plus tard, mais en limitant nos ambitions. Après deux arrêts à caractère logistique, à Turangi et à Taupo, nous avons réussi à trouver un emplacement agréable vers 18 heures, au sud de Taupo, sur un terrain autorisé pour le "freedom camping" au bord de l'immense lac Taupo (616 km2, à une altitude de 356 mètres), au lieu-dit Five Mile Path, à Wharewaka.

A peine étions-nous installés, qu'Olivier a voulu que nous prenions un bain dans le lac. Nous ne sommes pas restés longtemps dans l'eau un peu fraîche pour moi. Nous avons fait un repli rapide et commencé la soirée, installés au calme dans un fauteuil avec vue sur le lac, en assistant à un coucher de soleil flamboyant et  en dégustant un petit vin pétillant néo-zélandais, un Moscato rosé Lindauer Enlighten en guise d'apéritif. "Elle est pas belle, la vie ?"

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